De l’Ethique et du Discernement

  Si L’éthique correspond à la façon d’exercer de tout professionnel de la relation d’accompagnement, le discernement est le lot de tous sans exception. Rien n’est validé dans la vie. Nous devons tous apprendre à exercer notre propre discernement Tout est évolution Tout est changement. La vraie sécurité par rapport à ce qui vient nous interroger est de trouver un axe. Pour faire mon choix, je dois trouver mon axe de discernement et ne pas déléguer mon pouvoir à quelqu’un d’autre.

Il est important aujourd’hui d’aborder ces notions essentielles que sont la responsabilisation, l’éthique, le discernement dans un moment où l’on parle beaucoup de mieux-être, de développement personnel, de nouvelles thérapies. Les nouveaux mouvements, les nouvelles thérapies sont comme la vie : la vie c’est le mouvement, la vie c’est florissant, riche, la vie est évolutive ; c’est bien, mais à partir du moment où ça foisonne, ça fait peur et les peurs entraînent la suspicion et, à tort ou à raison on parle alors de dérive sectaire. Et bien,  parler de dérive sectaire permet de rester vigilant, mais attention, le  danger vient quand la peur prend le pouvoir, si au lieu d’en parler pour rester dans son axe, la peur prend le pouvoir à l’intérieur de nous. Quand on parle de secte, il est aussi question de pouvoir, et là, il est très important de sortir de la confusion : sans pouvoir nous ne pouvons pas vivre ; Le pouvoir sur notre vie nous appartient. Il faut surtout bien faire la différence entre Pouvoir et Abus de pouvoir.

L’abus de pouvoir  est  basé sur les tabous, sur des choses dont on ne parle pas facilement. Les abus de pouvoir  des sectes sont des abus de pouvoir sur des gens qui sont en inhibition de Pouvoir.

Si le  Pouvoir  est l’axe, l’abus de pouvoir est l’inhibition de pouvoir. Les termes sous jacents par rapport aux dérives sectaires ont à voir avec les tabous de société : l’argent, le sexe, la violence, la mort et avec quelque chose plus tabou qu’autrefois c'est-à-dire  la question spirituelle.


                 Les critères de secte définis par les Renseignements Généraux, repris par l’Assemblée Nationale, constituent les bases de la Police Judiciaire, d’info secte… Tout le monde se sert des 10 critères de base. Face à cela chacun fait sont interprétation. C’est un principe de vie et au fond, notre discernement s’inspire de l’interprétation de chacun. C’est la vie, c’est le mouvement. Poser les termes des critères d’une secte est fondamental parce qu’il y a une nuance entre SECTE définie ou  DERIVE SECTAIRE sans définition, l’expression est floue, et ce flou est bénéfique, car lorsque tout est figé, trié, classé, étiqueté, répertorié, on n’est plus dans la vie ni dans le mouvement, la situation appartient au passé. Et c’est bien de poser ces critères pour les accompagnants, les thérapeutes : 

1- la déstabilisation mentale

2- le caractère exorbitant des exigences financières.

3- la  rupture induite avec la famille, parents

4- l’atteinte à l’intégrité physique

5- l’embrigadement des enfants

6- le discours plus ou moins antisocial

7- les troubles à l’ordre public

8- l’importance de démêlés judiciaires

9- d’éventuels détournements des circuits économiques traditionnels

10- les  tentatives d’infiltration des pouvoirs publics

 

  Revenons au critère n°1 : la déstabilisation mentale

                    Si quelqu’un volontairement déstabilise une personne avec des outils très puissants pour en abuser, pour l’utiliser, pour la rendre fragile comme certaines sectes agissent ainsi avec la privation de sommeil, de nourriture : il s’agit là de délit et c’est du ressort de la loi. Quand on entre dans un abus financier, sexuel, quand il y a violence, il faut intervenir, il faut faire intervenir la loi, elle sert à ça.

                 Mon propos n’est pas de parler de ce type de déstabilisation mentale.

                Je suis psychiatre, médecin, j’ai exercé pendant trente ans.

                Aujourd’hui j’exerce, et ce depuis 2 ans comme psychothérapeute. Dans cette expérience,  la déstabilisation mentale fait partie d’un trajet de changement, non pas parce que je suis abusée mais parce que mon expérimentation passe par cet état. Je ne vois pas comment passer d’un état d’être particulier, d’un système de croyances, de valeurs, d’identité, de vision de la vie, du monde, je ne vois pas comment nous pouvons  passer de cet état là à un bouleversement d’identité, sans qu’il y ait au milieu une déstabilisation totale. Notre corps le sait. Quand je me mets en mouvement pour aller d’un point à un autre, je me mets en déséquilibre et je me stabilise en un autre endroit. De même pour les mouvements de la vie : la naissance, la fin de vie, au cours de  90 années on change de multiples fois de références identitaires, de vision du monde donc il faut donner ses lettres de noblesse à la crise : crise de société, crise de pouvoir, crise financière, identitaire, de violence des jeunes. A partir du moment où une société doit muter en incluant un moment de vie pour arriver à un autre moment de vision de la vie, il y a une crise et c’est pareil pour nous. Actuellement on est plutôt dans la vision que si quelque chose ne va pas ça doit s’arrêter le plus vite possible. On ne doit pas laisser les émotions gagner trop de terrain. Plus une transformation est importante, plus la crise est importante. Voyez les ados, la crise d’ado. Et la crise de milieu de vie où après avoir mis son énergie dans la construction d’un foyer, de la personnalité, d’une vie professionnelle, la crise de milieu de vie correspond à : est - ce que je suis autre chose que quelqu’un qui possède, qui gagne sa vie, travaille ? Qui suis-je en tant qu’être ? Comment passer de l’avoir à l’être ?

Il y a des outils actuels qui travaillent avec l’émotion, les outils du thérapeute lui permettent d’accompagner le mouvement, de sortir de cette émotion : peur/colère. Si quelqu’un n’a jamais expérimenté combien il est  important de libérer, si quelqu’un juge les groupes où beaucoup d’émotions sortent, où quelque chose d’authentique, quelque chose du tout petit enfant s’exprime en pleurs, en colères, si quelqu’un juge sans avoir expérimenté, il va porter un regard de peur, de condamnation.

La 1ère éthique du thérapeute est d’avoir expérimenté sur lui-même longtemps, les outils qu’il emploie. Dans tout abord thérapeutique il y a une connaissance intellectuelle, théorique mais la vraie formation de fond, en résonance, c’est d’avoir soi-même fait le travail. On ne peut pas poser de jugement critique sur quelque chose que l’on ne connaît pas.

Si l’éthique implique d’expérimenter, le discernement engage la responsabilité de la personne qui utilise l’outil, sinon il y a inhibition de pouvoir.

Pour en revenir aux deux termes : éthique et discernement, ce dont je suis sûre dans le critère de secte : si un jour quelqu’un vous dit qu’il sait mieux que vous, pour vous et qu’il n’y a rien à discuter et donc projette son pouvoir sur l’autre, ne perdez pas votre intégrité.

Tous les outils peuvent être bons sans exception à condition que la personne qui tient l’outil le fasse avec une intention sincère et soit ancrée sur quelque chose d’expérimenté avec une éthique irréprochable pour elle.La vie est complexe, mystérieuse, on a envie d’expérimenter, d’essayer les choses, pourquoi se priver de la faire ? Mais pas n’importe comment.

Quand les medias reprennent le discours sur les dérives sectaires et activent la peur, c’est aussi de la déstabilisation mentale. Il appartient au discernement de chacun de faire le tri. Ne pas confondre peur et danger. Pour illustrer la peur : ce n’est pas parce que quelque chose nous fait peur que cette chose est dangereuse, ex. l’araignée peut nous faire peur ce n’est pas pour cela qu’elle st dangereuse. Si quelque chose nous fait peur cette peur nous appartient, cette peur nous invite à explorer. Quant  au danger on peut ne pas  avoir peur et qu’il soit là. Cela nous pose encore la question du discernement. Que nous le voulions ou non, dans notre vie il y aura différents obstacles, des difficultés, des moments durs qui nous mèneront à changer notre manière de faire, d’être accompagné ou non, c’est dans les moments de crise où nous allons chercher au fond de nous les potentiels. C’est à partir des crises que nous construisons notre pouvoir personnel

et sa capacité d’équilibre. Les obstacles nous amènent à puiser en nous nos propres ressources.

Pour conclure je voudrais dire : s’il est absolument inadmissible de laisser les gens abuser de leur pouvoir sur d’autres et les lois qui existent sont justes,   il  est aussi absolument inadmissible de mettre systématiquement la suspicion sur les gens qui honnêtement et avec leur créativité amènent une richesse dans la société qui est celle du renouvellement et de l’évolution de la vie. On doit être vigilant sur les abus de pouvoir mais on ne doit pas taper sur les êtres qui aident l’humanité à passer un pas, un état de complexification. Tout ce qui m’anime dans la vie est à mon service. Je ne crois pas que nous puissions contrôler la vie, la vie, on l’apprend en la vivant.

Toujours là où nous en sommes, nous devons transcender et inclure tout sans jugement, ce qui nous a construit et nous a fait devenir ce que nous sommes. Le mouvement intégral  appartient à une nouvelle mouvance thérapeutique. Transcender dans le mouvement intégral c’est aller au plus vaste que ce que l’on était déjà comme la molécule transcende l’atome qui lui-même est inclus dans la molécule. C’est la vision intégrale TOUJOURS TRANSCENDER ET INCLURE.

forum du mieux-être à La Rochelle 31 octobre 2009 article paru dans la revue source et ressource n°1 printemps 2010 Nicole ConfaIs

 

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